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mercredi, juin 25, 2008

Les Géants - Loco Locass

Nous sommes issus d'un sol immense, qui nous a tissés métissés

Rebus de brins de laine tressés très serré

Sans couture au sein d'une ceinture fléchée

Comme quelque queue clinquante de comète effilochée

Et si l'on suit le fil de notre texte il

Mène à la sortie du labyrinthe de Pan

Qui nous éreinte depuis qu'ils ont mis nos torts dedans

Ils ont conquis nos territoires, pillé notre histoire et volé notre mémoire

Avec leurs thèses de fous, ils nous ont dit: «Taisez-vous!

Vous ne valez pas 10 sous

Vous n'êtes pas vous, vous êtes nous

Vous êtes dissous

Notre substrat vous subsume et la comparaison vous consume»

Faux! Nous venons d'avant

Nous sommes antérieurs

Nous sommes des créateurs, pas des créatures, pas des caricatures

Notre maison n'a pas de cloisons

Mais quatre saisons

Acclimatés au climat

Et faisant fi du frimas

Nous avons parcouru par ses artères tout un continent titan

Notre espèce aspire à l'espace et son empreinte est partout

Tapie dans la toponymie

Gravée dans le granit, égrainée sur la grève

Arc-boutée dans les arches de nos dingues digues dignes de la muraille de Chine

Dans les champs essouchés sous la lune

Et les racines d'un hêtre qui ne peut plus plier

C'est une histoire riche qui n'est sur aucune affiche

Et qu'on a laissée en friche

Dans nos caboches, ce n'est que roches et fardoches

Cosmogonie à l'agonie

Dans le tome fantôme du grimoire d'une mémoire moisie

Sur nos épaules on porte pourtant le pack-sac d'un passé épatant

Mais allons-nous mourir en nains quand nous sommes nés géants?

Sitôt venus au Nouveau Monde

On a dompté les hivers et fabriqué de la terre

On avait la tête à la fête et le coeur au labeur

Opiniâtres, on n'a jamais laissé mourir le feu dans l'âtre

Car nous avons la tête à Papineau

La longue langue agile de Da Costa

Le coeur-corsaire de d'Iberville

Qui envoie en nos veines

Le pur-sang mêlé-mêlé de Riel et des Premières Nations

Nous avons l'aviron de Radisson, la vigueur de la Vérendrye

Les jarrets de Jolliet et tous les talents de l'intendant Talon

En somme, nous sommes des surhommes uniques

Générés par le génie génétique de l'Europe et de l'Amérique

Inéluctablement, nous voguons vers le néant

Mais allons-nous mourir en nains quand nous sommes nés géants?

Opaque, il faut qu'enfin notre épopée éclate

C'est sans équivoque, cette Histoire est pleine et craque

Loco Locass la provoque de son verbe épique: les eaux sont crevées

Et tombent en trombes et forment une flaque, que dis-je, une flaque

C'est comme un lac à nos pieds

Le col se dilate

Le sol s'écarquille

Pour laisser monter un corps en forme d'ogive

C'est le chaos qui «paaaaaasse» dans le chas d'une aiguille

C'est un cri qu'on pousse, un coeur qui pulse

Celui d'un peuple qu'on accueille ou qui frappe un écueil

Dans l'oeil du cyclone, chaque seconde en vaut quatre

Nous rapproche d'un miracle

C'est un spectacle sans entracte

Mais gare à l'arrêt cardiaque

Entre la mort et la vie

L'arrivée d'un homme comme lors d'un référendum

Un peuple oscille entre le rien et tout ce qui brille

Je pose des mots garrots gare au flot hémorragique

Ô ma rage gicle par tous les pores de mon coeur spongieux

Sur ce son long jeu conjure ma mortelle nature

Et nous disons que la parole est une sage-femme

Qui tire des limbes un monde à naître

Fort de cette maïeutique aux forceps

Le poète nomme enfin celui dont il voit poindre la tête:

QUÉBEC!

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