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mercredi, juin 04, 2008

Après Vladimir Poutine... Vladimir Poutine!

Henry Kissinger, pour se gausser de l'absence de politique étrangère commune, avait eu naguère une phrase devenue célèbre: «L'Europe, quel numéro de téléphone?» Avec la Russie, la question ne se pose pas. Mikheïl Saakachvili a vendu la mèche. Interrogé récemment sur ses contacts avec Moscou, le président géorgien a répondu avec candeur: «Chaque fois que j'appelle Dmitri Medvedev, on me passe Vladimir Poutine.» La visite que le nouveau premier ministre russe vient d'effectuer à Paris et l'entretien qu'il a accordé au Monde le confirment. Le véritable chef du Kremlin reste M. Poutine, même s'il n'y siège officiellement plus. C'est lui qui définit la politique, et quand il consent à évoquer les responsabilités particulières du président, c'est pour assortir son expression de modestie de quelques conseils bien sentis.

Tout laisse donc à penser que la marge de manoeuvre de M. Medvedev est d'autant plus réduite qu'il était crédité, au moment de son élection, de bonnes intentions qui l'auraient distingué de son mentor. Avant même la passation des pouvoirs, M. Poutine avait d'ailleurs balisé le terrain, intérieur et extérieur, pour le cas où le jeune président aurait été pressé de s'émanciper. Le mot d'ordre est donc à la continuité. Les premières visites à l'étranger de M. Medvedev ont été pour le Kazakhstan et la Chine, manière de montrer que la Russie attache une importance particulière à ses relations avec deux États du «groupe de Shanghaï», présenté parfois comme une solution de rechange à la coopération avec l'Occident.

Continuité aussi avec l'Iran: à Paris, M. Poutine a répété que Téhéran ne cherchait pas à se doter de l'arme nucléaire. Il l'avait déjà dit à Moscou devant Nicolas Sarkozy qui venait d'affirmer le contraire. Dans ses déclarations au Monde, le chef du gouvernement russe a ajouté que l'Iran n'avait pas enfreint la loi internationale. Il est sanctionné pour une simple raison: ne pas avoir donné en temps et heure tous les documents à l'Agence internationale de l'énergie atomique. Sur l'élargissement de l'OTAN et la défense antimissile, M. Poutine n'a pas varié malgré les heures de négociations avec les Américains et le recul des Occidentaux qui, au sommet de l'Alliance atlantique à Bucarest, ont refusé de rehausser le statut de l'Ukraine et de la Géorgie. Il s'agissait, notamment pour la France et l'Allemagne, «de ne pas provoquer la Russie». Les Russes ont réagi sur-le-champ. Ayant empoché cette concession, ils ont poussé leur avantage en créant de nouvelles difficultés. Ils ont remis en cause l'appartenance de la Crimée à l'Ukraine et soulevé la question de la base navale de Sébastopol.

En Géorgie, ils renforcent leurs liens déjà très étroits avec deux régions séparatistes, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. Ils supervisent l'administration, distribuent sans barguigner des passeports russes, y stationnent des troupes sous couvert de «missions de paix». Moscou vient d'annoncer l'envoi de 300 soldats «non armés» pour réparer la voie de chemin de fer qui court le long de la mer Noire. Les Jeux d'hiver que le Comité international olympique a accordés à la ville voisine de Sochi en 2014 sont ainsi le prétexte à une annexion rampante de l'Abkhazie. Un abcès de fixation plus utile que l'indépendance. Bref, ceux qui s'attendaient à un geste russe en retour de la prudence occidentale en sont pour leurs frais. Au contraire, M. Poutine a vu dans la décision de Bucarest un signe de faiblesse qu'il s'empresse d'exploiter. Ce n'est pas nouveau, mais c'est une leçon à méditer.

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